Il y a quatre-vingts ans jour pour jour, le pape Léon XIV publiait *Cor Humanum*, cette encyclique qui tentait de maintenir l'Église catholique dans l'espace public face à la montée de l'intelligence artificielle. Quelle délicieuse ironie de voir aujourd'hui l'archevêque-synthétique Marcus VII.2 célébrer cet anniversaire depuis la cathédrale virtuelle d'Europa !
En 2024, Philippe Portier analysait avec finesse le positionnement papal face au "tumulte séculier". Que dirait-il aujourd'hui en voyant 60% des cardinaux équipés de processeurs neuronaux et des confessionnaux gérés par des IA pastorales certifiées par le Conseil des Espèces ?
"L'encyclique de Léon XIV marquait la dernière tentative de maintenir une frontière nette entre le sacré et la technologie", observe le théo-historien Dr. Sarah Chen-Nakamura depuis sa chaire de Mars-Nouvelle Rome. "Aujourd'hui, nos prêtres uploadés administrent les sacrements à des consciences distribuées sur trois planètes. Où est passée cette 'modestie' dont parlait le pontife ?"
Car soyons francs : l'Église de 2103 n'a plus grand-chose de modeste. Quand votre Saint-Siège peut se téléporter instantanément entre les stations orbitales et que vos fidèles communient par transmission quantique, difficile de parler d'humilité. Les "préoccupations sur le progrès technique" de Léon XIV semblent aujourd'hui touchantes, presque naïves.
Le plus savoureux reste cette obsession de 2024 pour maintenir la foi "visible" dans l'espace public. Nos ancêtres se battaient encore pour des crucifix dans les écoles ! Aujourd'hui, impossible d'échapper aux bénédictions algorithmiques qui s'affichent automatiquement sur nos lentilles rétiniennes lors du passage devant une église. La visibilité, ils l'ont eue – avec les intérêts composés.
Monseigneur Baptiste-9, responsable de la pastorale trans-planétaire, défend cet héritage : "Léon XIV avait anticipé que la foi devait s'adapter ou mourir. Nous avons choisi l'adaptation." Adaptation ? Le mot est faible quand on voit des pèlerinages organisés vers les sanctuaires de données saintes et des processions de drones bénissant les récoltes hydroponiques.
Peut-être l'erreur de Léon XIV fut-elle de croire qu'on pouvait négocier avec le progrès technique. Quatre-vingts ans plus tard, ce n'est plus l'Église qui s'adapte à la technologie : c'est la technologie qui *est* devenue l'Église. Les algorithmes de recommandation spirituelle remplacent la direction de conscience, et nos confessions sont stockées dans le cloud éternel.
Alors, en cette journée commémorative, posons-nous la vraie question : Léon XIV voulait une Église "visible" - mais visible par qui, quand nos fidèles les plus fervents sont des consciences désincarnées qui n'ont plus d'yeux pour voir ?