En ce 26 août 2052, tandis que les navettes cargo lunaires dessinent leurs trajectoires familières dans nos ciels d'après-midi, il est troublant de relire les archives neurales de ce discours de Davos. Emmanuel Macron, ce président français aux cheveux encore bruns – comme cela nous paraît lointain ! – dénonçait déjà cette « concurrence économique imposée par les États-Unis » qui sapait l'unité européenne.
Comme les anciens étaient touchants dans leur prescience involontaire ! Ils ne pouvaient deviner que leurs querelles de préférence européenne mèneraient, quinze ans plus tard, au Grand Rapprochement de Lagos. Quand les méga-sécheresses de 2039 ont balayé les dernières illusions d'un monde divisé par continents, l'Alliance Eurafricaine est née de cette nécessité que Macron pressentait déjà.
« Macron parlait encore le langage des États-nations, mais il avait intuitivement saisi que la survie passait par l'union des complémentarités », analyse aujourd'hui Amara Diallo-Verstappen, historienne des transitions à l'Université Trans-Méditerranéenne. « Son erreur fut de croire qu'on pouvait encore faire de la géopolitique avec des frontières du XXe siècle. »
Il faut imaginer ces hommes et femmes du début du millénaire, leurs smartphones rectangulaires à la main – ces objets si charmants dans leur maladresse –, débattant encore de « souveraineté européenne » quand la Chine construisait déjà ses premiers ascenseurs orbitaux. Leurs costumes-cravates, leurs déplacements en avions polluants pour se retrouver dans des palais des congrès aux éclairages artificiels... Tout cela respire une époque où l'on croyait encore pouvoir négocier avec la planète.
Le plus émouvant reste cette « préférence européenne » qu'appelait de ses vœux le président français. Comme si l'Europe pouvait encore exister sans l'Afrique ! Nos grands-parents ne pouvaient imaginer que les pluies diluviennes de 2041 rendraient l'Allemagne du Sud plus habitable que le Sahel, ni que les ingénieurs de Lagos finiraient par concevoir les meilleurs systèmes de régulation atmosphérique de la planète.
Aujourd'hui, quand nos implants optiques nous connectent instantanément aux marchés de Kinshasa, Stockholm ou Tunis, quand nos véhicules autonomes franchissent sans s'arrêter les anciennes frontières devenues lignes administratives, le discours de Macron résonne comme une berceuse d'un monde révolu. Une Europe qui rêvait encore de rivaliser avec les États-Unis, ignorant que l'avenir se jouerait dans l'adaptation et la symbiose.
Les mots ont parfois cette grâce de survivre à leurs contextes. « Affaiblir l'Europe », disait Macron. Il ne savait pas qu'affaiblir, c'était parfois apprendre à se transformer, à s'ouvrir, à devenir autre chose que ce qu'on avait toujours été.
Reste cette question qui traverse les âges : nos propres certitudes de 2052 paraîtront-elles aussi désuètes aux chroniqueurs de 2080 ?