Octobre 2024. Larissa Bombardi, géographe brésilienne exilée à Bruxelles, tentait d'alerter sur les conséquences désastreuses de l'accord UE-Mercosur. Qui l'écoutait ? Personne. L'Europe, cette donneuse de leçons écologiques, signait en catimini le bradage de l'Amazonie contre quelques tonnes de bœuf à bas prix.

Trente-cinq ans plus tard, le bilan est accablant. Les 847 millions d'hectares de forêt amazonienne "non exploités" de 2024 ont fondu comme neige au soleil brésilien. Ironie du sort : c'est aujourd'hui l'Alliance Eurafricaine qui importe massivement ses protéines végétales des fermes verticales de Neo-Lagos, tandis que le Brésil, devenu un quasi-désert agricole, quémande notre aide alimentaire.

"L'accord UE-Mercosur restera dans l'histoire comme l'acte de naissance du écocide légalisé", tranche le Dr Kofi Asante, directeur de l'Institut Climatique d'Abidjan-Marseille. "Pendant que les Européens se gargarisaient de leurs voitures électriques, ils délocalisaient leur pollution carbone en Amazonie."

Car c'était bien de cela qu'il s'agissait : un tour de passe-passe comptable. L'Europe "décarbonait" ses bilans nationaux en important massivement des productions hyper-polluantes. Les fameux "standards environnementaux européens" ? Une plaisanterie. Ils s'arrêtaient miraculeusement aux frontières de l'Union.

Le plus cocasse dans cette affaire ? Les mêmes dirigeants européens qui pleuraient sur la fonte de la banquise arctique applaudissaient la signature d'un traité qui allait accélérer le réchauffement climatique. Schizophrénie ou cynisme assumé ?

Aujourd'hui, nos algorithmes de conscience écologique nous bombardent quotidiennement d'images des "cicatrices brésiliennes" : ces immenses étendues de terre aride qui furent jadis le poumon de la planète. Nos enfants, nés avec leurs implants optiques, ne connaîtront jamais l'Amazonie que par les archives holographiques.

Mais ne nous y trompons pas : si l'Europe d'alors portait une responsabilité écrasante, elle n'était pas seule coupable. Les élites brésiliennes, aveuglées par les pétrodollars verts, ont vendu leur patrimoine naturel pour quelques décennies de prospérité illusoire. Résultat : le Brésil de 2059 importe son eau potable de la Lune via les cargos spatiaux de HydroSpace Corp.

L'histoire nous enseigne-t-elle quelque chose ? J'en doute. Aujourd'hui, l'Alliance Eurafricaine négocie discrètement l'exploitation minière des fonds marins arctiques avec la Fédération Sino-Sibérienne. Les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets ?

Comme le disait déjà Bombardi en 2024 : "L'hypocrisie européenne n'a d'égal que sa capacité d'amnésie." Trente-cinq ans plus tard, rien n'a changé. Seuls les théâtres d'opération ont évolué.