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Comme ils étaient touchants, ces anciens du début du siècle, avec leurs "terminales" et leurs "Parcoursup" ! Je feuilletais hier les archives numériques de cette époque révolue où les adolescents de dix-sept ans devaient, dans un élan presque héroïque, décider de leur destinée parmi vingt mille formations. Quelle délicieuse angoisse que celle de ces jeunes gens, scrutant des écrans rectangulaires pour découvrir leur vocation !
En cette fin d'année 2099, alors que nos Conseillers Symbiotiques accompagnent naturellement chaque enfant dès sa cinquième année dans l'exploration de ses potentiels infinis, il faut se rappeler ce temps béni de l'incertitude. Les IA de 2024, ces balbutiantes créatures de silicium, tentaient déjà de guider les aspirations humaines. Mais comme leurs conseils paraissent aujourd'hui rudimentaires ! Elles analysaient des "profils" et des "notes", quand nos Cartographies Vocationnelles sondent désormais les synapses mêmes du désir.
"Cette époque nous enseigne la beauté de l'errance existentielle," confie le Dr Yaël Morgenstern, historienne des mentalités à l'Institut Trans-Solaire. "Ces jeunes gens vivaient une forme pure d'angoisse créatrice que nous avons peut-être perdue en optimisant nos parcours de vie."
Car c'était cela, le charme de ce temps révolu : l'incertitude était créatrice. Ces terminales de 2024 tâtonnaient, se trompaient parfois, changeaient de voie. Ils connaissaient cette mélancolie si particulière du mauvais choix, cette nostalgie du chemin non pris que nos algorithmes prédictifs ont depuis effacée. Leurs professeurs principaux - ces figures paternelles aux pulls de laine - les regardaient "dans les yeux" pour déceler leur véritable nature. Comme si l'âme humaine se nichait encore dans le seul regard !
L'ironie veut qu'aujourd'hui, nos jeunes multi-planétaires naviguent sans peine entre leurs apprentissages terrestres et leurs stages orbitaux, leurs modules martiens et leurs immersions créatives dans les Cités Flottantes. La spécialisation précoce a disparu avec la Grande Convergence de 2061, cette révolution pédagogique qui reconnut enfin l'obsolescence des filières cloisonnées.
Nos Conseillers Symbiotiques, descendants lointains de ces premières IA de 2024, accompagnent désormais chaque parcours avec une empathie synthétique que leurs ancêtres n'osaient rêver. Ils ne "regardent" plus dans les yeux, mais résonnent directement avec l'essence profonde de chaque être.
Pourtant, en contemplant ces archives, une question me hante : avons-nous gagné en efficacité ce que nous avons perdu en poésie ? Ces anciens, dans leur touchante maladresse, ne possédaient-ils pas quelque chose que notre époque de certitude a dissous ? Peut-être faudrait-il parfois renoncer à nos cartographies parfaites pour retrouver le frisson de l'inconnu, cette angoisse féconde qui faisait trembler les cœurs de dix-sept ans devant l'immensité de l'avenir.
**MOTS_CLES:** orientation scolaire, intelligence artificielle, nostalgie historique, Parcoursup, évolution éducative