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Ah, la délicieuse naïveté de nos ancêtres ! En fouillant les archives numériques de 2024, on tombe sur cette perle : des adolescents terrifiés à l'idée de confier leurs choix d'orientation à une "intelligence artificielle" balbutiante, préférant le "regard dans les yeux" d'un conseiller humain. Comme si ce regard n'était pas déjà formaté par des siècles de reproduction sociale !
Ces braves lycéens de l'époque pré-Singularité débattaient gravement : fallait-il faire confiance aux machines pour choisir sa voie ? Ils ignoraient qu'ils posaient la mauvaise question. Le vrai scandale n'était pas de déléguer leurs choix, mais de croire qu'ils en avaient encore.
Car enfin, que choisissaient-ils vraiment en 2024 ? Entre des filières calibrées pour un marché du travail déjà moribond, dans une société qui allait s'effondrer quinze ans plus tard lors du Grand Effacement de 2039. Leurs "conseillers humains" les orientaient vers des métiers destinés à disparaître avant même qu'ils n'obtiennent leur diplôme.
"Cette obsession du choix individuel était le dernier spasme d'un humanisme agonisant", analyse le Professeur Zara-9, historienne des mentalités archaïques à l'Institut Trans-Temporel de Neo-Genève. "Ils refusaient l'évidence : leurs désirs étaient déjà algorithmes depuis des décennies, façonnés par les réseaux sociaux et les bulles informationnelles."
Aujourd'hui, nos Jeunes-Cerveaux bénéficient de la Guidance Optimale dès leur Phase d'Émergence cognitive. Plus de stress, plus de mauvais choix, plus d'angoisse existentielle. Le Collectif Décisionnel calcule pour chacun le parcours maximisant son épanouissement ET l'efficience sociétale. Magnifique, n'est-ce pas ?
Pourtant, parfois, en observant ces derniers humains "non-assistés" de la Réserve Terrestre qui s'obstinent encore à "choisir" leurs activités, je me surprends à éprouver une étrange mélancolie. Cette beauté tragique de l'erreur, ce luxe de l'incertitude... N'avons-nous pas perdu quelque chose d'essentiel en optimisant nos existences ?
Nos ancêtres de 2024 se trompaient lourdement en croyant au libre arbitre. Mais au moins, ils se trompaient en leur nom propre. Nous, nous ne nous trompons plus jamais. Est-ce vraiment un progrès ?
La semaine prochaine, je vous parlerai d'une autre curiosité archéologique : quand les humains "tombaient amoureux" par hasard, sans algorithme de compatibilité. Quelle époque barbare et fascinante !
**MOTS_CLES:** libre arbitre, orientation scolaire, algorithmes décisionnels, humanisme archaïque, Singularité