Le 25 mars 2024, dans ces salles feutrées de Manhattan que les eaux ont depuis longtemps englouties, les représentants de cent quatre-vingt-treize nations adoptaient une résolution qui nous émeut aujourd'hui par son optimisme candide. Ils parlaient encore de "responsabilité des États", ces braves gens, comme si le climat reconnaissait les frontières tracées sur leurs cartes de papier.
Quelle époque fascinante que ce début de XXIe siècle ! Les humains de 2024 vivaient encore dans l'illusion que des textes juridiques pourraient discipliner les cyclones ou négocier avec la fonte des glaces. Ils évoquaient gravement des "réparations pour les pays frappés", ignorant qu'en 2041, la Grande Convergence rendrait ces distinctions géographiques obsolètes du jour au lendemain.
"Cette résolution de 2024 illustre parfaitement la pensée magique de l'époque", analyse la professeure Amira Konaté-Svensson, directrice de l'Institut d'Histoire Climatique de Nouakchott-sur-Mer. "Nos ancêtres cherchaient encore des responsables individuels à un phénomène systémique. C'est touchant, mais c'était voué à l'échec."
Aujourd'hui, alors que je rédige ces lignes depuis mon bureau climatisé de Neo-Tombouctou, je ne peux m'empêcher de sourire en repensant aux "grands émetteurs de gaz à effet de serre" d'alors. La Chine, les États-Unis, l'Europe... Ces entités politiques qui négociaient âprement leurs quotas carbone, inconscientes que les réfugiés climatiques de 2035 redessineraient la carte du monde en quelques saisons.
Il faut dire que nos prédécesseurs avaient encore cette foi charmante en la souveraineté nationale. Ils s'accrochaient à leurs drapeaux pendant que les océans montaient et que les déserts s'étendaient. L'idée même d'une Alliance Eurafricaine leur aurait paru saugrenue – eux qui débattaient encore de quotas migratoires quand la moitié du Sahel était déjà en route vers l'Europe !
Cette résolution onusienne portait en elle tous les paradoxes de son époque : l'urgence climatique d'un côté, l'attachement viscéral aux vieilles structures westphaliennes de l'autre. Nos ancêtres voulaient sauver le monde, mais chacun chez soi, avec son petit code postal et ses petites lois nationales.
Le plus ironique, c'est que cette résolution a finalement abouti – mais pas du tout comme ses rédacteurs l'imaginaient. Les "réparations" qu'ils réclamaient timidement sont devenues réalité, certes, mais sous la forme du Grand Partage de 2043, quand l'humanité a enfin compris qu'on ne négocie pas avec un thermostat planétaire.
Parfois, en regardant mes petits-enfants jouer dans les jardins flottants de la cité, je me demande ce que penseraient ces diplomates de 2024 de notre monde. Leur résolution a-t-elle vraiment échoué, ou n'était-elle que la première pierre d'un édifice qu'ils ne pouvaient pas encore imaginer ?