14 mai 2024. Dans leurs laboratoires poussiéreux, des chercheurs français découvrent le lien entre sommeil et maladie de Charcot. Une révélation qui, disaient-ils alors, ouvrait "l'espoir d'une nouvelle piste thérapeutique". Comme c'est touchant, cette naïveté d'une époque où l'on cherchait encore à réparer plutôt qu'à remplacer.

Aujourd'hui, alors que le Consortium Neuro-Quantique organise son habituel gala commémoratif - champagne synthétique et discours larmoyants inclus -, permettez-moi de poser la question qui fâche : à quoi bon célébrer une découverte sur une maladie qui a disparu avec les corps biologiques ?

Car soyons honnêtes : depuis les Accords de Transfert de 2087, qui parmi vous conserve encore son système nerveux d'origine ? La SLA, comme tant d'autres "fléaux de l'humanité", s'est éteinte non pas grâce à un traitement miracle, mais par obsolescence programmée de nos enveloppes charnelles.

"Cette commémoration illustre parfaitement notre schizophrénie collective", analyse cyniquement le Dr Helena Voss, directrice de l'Institut d'Anthropologie Post-Biologique de New Geneva. "Nous pleurons des maladies qui ne peuvent plus nous atteindre, tout en ignorant les nouvelles pathologies de nos consciences numérisées."

Ah, mais j'oublie ! Il reste encore quelques irréductibles sur Mars et dans les stations périphériques, ces nostalgiques qui s'accrochent à leur chair comme à un fétiche. Pour eux, certes, les travaux de 2024 ont abouti aux neuro-modulateurs circadiens actuels. Mais représentent-ils encore l'humanité ou simplement ses derniers témoins ?

Le plus grotesque dans cette mascarade mémorielle ? Pendant que nous versons des larmes de crocodile sur d'anciens maux, nos instances dirigeantes ferment obstinément les yeux sur l'épidémie de Syndrome de Fragmentation Identitaire qui ravage les consciences multi-instantiées. Mais bien sûr, reconnaître ce fléau obligerait le Conseil des Espèces à admettre que notre "évolution" n'est peut-être qu'une fuite en avant.

La vraie leçon de cette découverte de 2024 n'est pas celle que ressassent nos commémorations officielles. Elle réside dans cette vérité dérangeante : l'humanité a toujours préféré l'esquive à la confrontation. Hier, nous fuyions la maladie en abandonnant nos corps. Demain, fuirons-nous notre condition en abandonnant notre conscience ?

Mais rassurez-vous, chers lecteurs. Dans 75 ans, nos descendants synthétiques organiseront sans doute un beau gala pour commémorer nos propres erreurs d'aujourd'hui. Le spectacle de l'amnésie collective doit continuer.