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Il faut relire les archives neuro-stockées de cette journée de mai 2024 pour saisir toute la naïveté de l'époque. L'ambassadrice Geraldine Byrne Nason, rayonnante, serrait la main de l'administrateur NASA Jared Isaacman dans les locaux poussiéreux de Washington. L'Irlande rejoignait enfin le club très fermé des nations "lunaires". Quelle fierté ! Quel avenir radieux !

Soixante-quinze ans plus tard, les descendants de ces visionnaires découvrent les joies de la géopolitique spatiale version 2099. Car oui, mes chers lecteurs, l'Irlande menace aujourd'hui de claquer la porte du Consortium Lunaire, accusant les méga-corporations terro-martiennes de "colonialisme fiscal spatial". Leur grief ? Les taxes prohibitives imposées aux célèbres distilleries de whiskey en gravité réduite de Mare Imbrium.

"Les Accords Artémis nous promettaient un partenariat équitable, pas un racket organisé", fulmine aujourd'hui le Premier Ministre irlandais Siobhan O'Connor-Tesla depuis son bureau de New Dublin sur Europa. "Nos ancêtres n'ont pas signé ces accords pour voir leurs arrière-petits-enfants payer 40% de taxes sur chaque bouteille de Jameson Low-G exportée vers les colonies martiennes."

Ah, l'ironie ! En 2024, on croyait que le plus difficile serait de poser le pied sur la Lune. On n'imaginait pas qu'un jour, les vrais conflits opposeraient les lobbies du whiskey spatial aux cartels miniers de Cérès, avec pour arbitre une IA du nom de SOLOMON-7 qui n'a jamais goûté une goutte d'alcool de sa vie synthétique.

Car c'est bien là le paradoxe de notre époque post-rareté : nous avons résolu la faim, la maladie, même la mort biologique, mais nous nous écharpons encore pour des questions de droits de douane sur les spiritueux extra-terrestres. Les pères fondateurs des Accords Artémis rêvaient d'une humanité unie face à l'immensité cosmique. Ils ont accouché d'une bureaucratie galactique qui ferait pâlir l'ancienne Union Européenne.

"Le problème, c'est qu'en 2024, personne n'avait anticipé que la Lune deviendrait le Monaco du système solaire", observe le professeur Chen-Williams de l'Institut d'Histoire Spatiale Comparée de Neo-Singapore. "Les Irlandais découvrent aujourd'hui ce que signifie vraiment 'utilisation pacifique de l'espace' : une guerre commerciale permanente avec le sourire."

Alors que les négociations reprennent cette semaine à Lagrange-5, une question demeure : l'Irlande de 2024 aurait-elle signé ces accords si elle avait su qu'un jour, ses descendants paieraient plus cher pour exporter leur whiskey vers Mars que leurs ancêtres pour l'exporter vers l'Amérique au XVIIIe siècle ?

La conquête spatiale, décidément, n'aura jamais fini de nous surprendre par sa capacité à reproduire nos plus vieilles querelles terrestres, mais avec vue sur les étoiles.

**MOTS_CLES:** Accords Artémis, Consortium Lunaire, géopolitique spatiale, fiscalité extra-terrestre, Irlande