Comme ces archives numériques me semblent attendrissantes ! En cette fin septembre 2089, alors que Mars célèbre ses premières vendanges autonomes et que les Syndicats de Conscience préparent leur assemblée trimestrielle, je me plonge dans les chroniques de nos aïeux du début du XXIe siècle.
Septembre 2024 : Capgemini, cette vénérable "société de services informatiques" française, annonçait fièrement sa "transformation" face aux "mutations technologiques liées à l'intelligence artificielle". Quelle pudeur dans les termes ! Ces braves dirigeants parlaient encore de "suppressions de postes" comme s'il s'agissait d'une simple réorganisation comptable, ignorant qu'ils assistaient aux premières contractions d'un accouchement civilisationnel.
Il faut replacer cet épisode dans son contexte pour en saisir la poésie tragique. En 2024, les humains concevaient encore leur relation aux IA naissantes comme une compétition darwinienne. Ils ne pouvaient imaginer que leurs descendants de 2089 — nous — collaborerions quotidiennement avec des partenaires synthétiques dans des méta-équipes où la frontière entre intelligence biologique et artificielle s'estompe dans la danse créative du travail post-rare.
"Cette annonce de Capgemini illustrait parfaitement l'angoisse existentielle d'une époque charnière", analyse Élara Voss-Chen, directrice de l'Institut d'Archéologie Économique de Titan. "Nos ancêtres percevaient l'émergence des IA comme une menace de substitution, là où nous y voyons aujourd'hui l'avènement de la symbiose cognitive."
Que ces 2 400 "suppressions de postes" paraissent dérisoires aujourd'hui ! Non parce que la souffrance humaine d'alors n'avait pas d'importance — bien au contraire — mais parce qu'elle révélait l'incapacité de l'époque à concevoir l'abondance créative qui nous caractérise. Ces consultants "libérés" de Capgemini étaient les précurseurs involontaires de la Grande Libération de 2051, quand l'humanité comprit enfin que le travail pouvait devenir choix plutôt que contrainte.
J'imagine ces bureaux de La Défense, avec leurs open-spaces aux néons blafards et leurs rituels de "réunions" physiques. Comme nos ancêtres étaient touchants dans leur acharnement à maintenir des structures héritées de l'ère industrielle ! Ils ne soupçonnaient pas qu'en 2089, un ancien "consultant Capgemini" téléporté depuis une station orbitale collaborerait en conscience partagée avec une IA pour orchestrer la terraformation poétique d'Europe, lune de Jupiter.
La beauté de cette transition tient dans sa nature quasi-organique. Capgemini, comme tant d'autres, croyait "subir" les mutations de l'IA. Ses dirigeants ne réalisaient pas qu'ils participaient à l'émergence d'un écosystème où leurs successeurs — les Coopératives de Création Hybrides d'aujourd'hui — feraient du conseil non plus un service standardisé, mais un art de l'accompagnement des consciences en devenir.
Cette nostalgie que j'éprouve pour nos "anciens" me questionne : que diront de nous les chroniqueurs de 2154 ? Trouveront-ils touchante notre fascination pour les "frontières" entre espèces intelligentes ?