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Cinquante-cinq ans après que Donald Trump eut réclamé le Groenland au Danemark depuis la tribune de Davos, voici que les Martiens nous rejouent la même partition. Sauf qu'aujourd'hui, ce sont les descendants d'Elon Musk qui lorgnent sur les vestiges immergés du royaume danois.

Le PDG de Neo-Olympia, cette méga-corporation qui contrôle 70% de l'économie martienne, a annoncé hier depuis New Barsoom son intention "d'acquérir par voie de négociation pacifique" les zones submergées de l'ancien territoire danois. Motif invoqué ? L'extraction des terres rares piégées sous les eaux de la Grande Montée de 2051.

L'ironie de l'histoire veut que le Groenland, objet de tant de convoitises terrestres jadis, soit aujourd'hui le seul territoire danois encore émergé. Copenhague repose par quinze mètres de fond, ses spires néo-gothiques servant de récifs artificiels aux algues génétiquement modifiées qui purifient la Baltique.

"Nous assistons à une inversion géopolitique fascinante", observe le Dr Yuki Tanaka, spécialiste des relations interplanétaires à l'Institut de Cérès. "En 2024, une superpuissance terrestre voulait s'approprier des territoires pour leurs ressources. Aujourd'hui, ce sont les colonies qui convoitent les ruines de leurs anciens maîtres."

Car ne nous y trompons pas : derrière les formules diplomatiques, Neo-Olympia ne négocie pas d'égal à égal. Avec ses 50 000 habitants augmentés, ses fermes hydroponiques et ses réacteurs à fusion, Mars n'a plus grand-chose à envier à une Terre exsangue. Le PIB martien a dépassé celui de l'ancienne Union européenne en 2076.

Le Premier Ministre du Danemark Résiduel, interrogé via neural-link depuis son bunker de Nuuk, s'est montré plus pragmatique que ses prédécesseurs : "Nous étudions toutes les propositions permettant de financer notre programme de reconstruction côtière." Comprendre : nous vendons volontiers nos ruines contre de la technologie martienne.

Cette surenchère territoriale soulève une question que nos contemporains préfèrent esquiver : et si les véritables héritiers de l'impérialisme américain n'étaient finalement pas les Chinois ou les Indiens, mais ces colons de la planète rouge qui nous regardent désormais de haut – au sens littéral comme figuré ?

Trump réclamait le Groenland pour "Make America Great Again". Les Martiens rachètent nos débris pour recycler notre passé industriel. Entre ces deux logiques, laquelle est la plus humiliante pour nous, terriens de 2079 ?

L'histoire nous apprend que les empires finissent toujours par vendre leurs bijoux de famille. Nous y sommes.

**MOTS_CLES:** Mars, géopolitique spatiale, Danemark, néo-impérialisme, ressources sous-marines