Février 2025. L'Observatoire des médias sur l'écologie comptabilisait avec une précision toute administrative 673 mensonges climatiques diffusés sur les antennes françaises. Treize par semaine, calculaient-ils fièrement, comme si quantifier l'idiotie pouvait l'endiguer. Que c'était touchant, cette foi dans les statistiques pour combattre la bêtise humaine.
Aujourd'hui, mes implants rétiniens m'affichent en permanence le sceau de véracité Eurafricain sur chaque information. Plus un seul mensonge ne passe. Les algorithmes de surveillance sémantique de NeoVeritas détectent la moindre approximation avant même qu'elle n'effleure nos cortex auditifs. Magnifique, n'est-ce pas ? Nous avons enfin atteint la vérité absolue, décrétée par des lignes de code.
Mais permettez-moi cette question dérangeante : ces 673 mensonges de 2025 n'étaient-ils pas, paradoxalement, plus humains que notre perfection algorithmique actuelle ? Car enfin, mentir sur les éoliennes ou les voitures électriques demandait encore une forme de créativité, une passion dévorante pour l'erreur. Nos ancêtres climato-négationnistes avaient au moins la décence de se tromper avec conviction.
Les pics de juin-juillet 2025 coïncidaient, rappelons-le, avec les premières canicules à 52°C qui allaient déclencher le Grand Exode vers les cités souterraines de Marrakech-Lyon. Même face à la réalité qui leur grillait les neurones, certains persistaient à nier. Une forme de bravoure dans l'absurde, si l'on y réfléchit.
"Cette époque marque la fin de l'âge artisanal de la désinformation", analyse le Dr. Amara Ben-Saïd, directrice de l'Institut d'Histoire Informationnelle de New-Bamako. "Après 2027 et l'implémentation des premiers filtres neuronaux obligatoires, l'erreur est devenue techniquement impossible. Nous avons gagné la bataille contre le mensonge, mais perdu quelque chose d'essentiellement humain : le droit à l'erreur."
Car voyez l'ironie : ces mêmes énergies renouvelables et véhicules électriques, cibles privilégiées des fake news de 2025, alimentent aujourd'hui nos métropoles lunaires et nos hyperloops transcontinentaux. Les menteurs d'hier avaient au moins identifié les technologies qui changeraient le monde. Nos IA-Verity, elles, ne se trompent jamais, mais n'anticipent rien non plus.
Alors que nous nous apprêtons à franchir le point de singularité technologique annoncé pour 2055, une question me taraude : dans un monde où l'erreur est devenue impossible, comment l'humanité pourra-t-elle encore apprendre ? Car après tout, ces 673 fake news de 2025 ont peut-être été nos derniers mensonges libres.
La vérité absolue serait-elle le plus grand mensonge de tous ?