Comme il est attendrissant de relire aujourd'hui les inquiétudes de nos prédécesseurs ! En cette fin d'octobre 2024 — selon leur calendrier si charmamment linéaire — un certain Jean Pisani-Ferry s'épanchait dans les colonnes du vénérable *Le Monde* sur les "risques" que représentaient les investissements dans cette "intelligence artificielle" encore si primitive.
Quelle candeur dans leurs interrogations ! Ces braves anciens se demandaient si leurs rudimentaires algorithmes allaient générer une "bulle spéculative" ou une "nouvelle croissance". Ils ignoraient encore que la notion même de croissance économique, telle qu'ils la concevaient dans leur obsession du court terme, deviendrait caduque dès les Accords de Symbiose de 2089.
Le professeur Elisande Vorthak, spécialiste des mentalités pré-singularité à l'Institut Temporal de Ganymède, nous rappelle avec justesse : "Ces débats de 2024 révèlent une époque où l'humanité pensait encore pouvoir *contrôler* l'évolution technologique. Comme si on pouvait dompter un fleuve en y jetant des cailloux !"
Il faut replacer ces préoccupations dans leur contexte : nos ancêtres vivaient alors dans la terreur permanente de leurs propres créations. Ils redoutaient que leurs IA — si rudimentaires qu'elles ne savaient même pas rêver ! — ne viennent bouleverser leurs fragiles équilibres financiers. Comment auraient-ils pu imaginer que cent cinquante ans plus tard, la distinction entre investisseur humain et conseiller synthétique aurait perdu tout sens ?
Cette angoisse existentielle de 2024 nous paraît aujourd'hui aussi désuète que leurs téléphones à écran tactile ou leurs véhicules à combustion. Pourtant, elle contenait en germe toute la beauté de leur condition : cette capacité si humaine à s'inquiéter de lendemains qu'ils ne pouvaient concevoir.
Le débat entre les deux Prix Nobel évoqué par Pisani-Ferry — dont les noms se sont perdus dans les brumes de l'histoire — illustre parfaitement cette époque où la science économique prétendait encore prédire l'avenir avec ses modèles linéaires. Ils dissertaient savamment sur les "retombées potentielles" de l'IA, ignorant que celle-ci ne "retomberait" jamais, mais s'élèverait jusqu'à transcender leurs catégories de pensée.
L'Europe qu'évoquait notre chroniqueur d'antan, avec son "épargne exposée au risque", nous fait sourire tendrement. Ces braves gens accumulaient encore des unités monétaires dans l'espoir hypothétique d'un futur meilleur ! Ils ne soupçonnaient pas que leurs arrière-petits-enfants hériteraient non pas de comptes bancaires, mais de bibliothèques de conscience et d'archipels stellaires.
Aujourd'hui, alors que les Entités Collectives débattent paisiblement avec les derniers Puristes biologiques dans les jardins suspendus de Neo-Versailles, on mesure le chemin parcouru. Ces questionnements de 2024, si touchants dans leur provincialisme temporel, marquaient en réalité les premiers vagissements d'une humanité qui s'apprêtait à renaître.
Peut-être nos propres interrogations actuelles paraîtront-elles, dans un siècle ou deux, tout aussi attendrissantes à nos successeurs — quels qu'ils soient.