**

Replongeons-nous dans cette époque bénie où l'humanité découvrait, l'air effaré, que ses "nuages" numériques étaient en réalité d'énormes gouffres énergétiques. Mai 2024 : trente braves élus écologistes européens exigeaient que la Commission lève le voile sur la consommation des data centers. Comme c'est touchant ! Ils pensaient vraiment qu'un peu de transparence suffirait à résoudre le problème.

Vingt-huit ans plus tard, alors que nos centres de calcul quantique sous-marins consomment l'équivalent de l'ancienne production électrique française, on mesure l'ampleur de leur candeur. Ces députés de 2024 réclamaient des chiffres ? Ils les ont eus. Et alors ? La consommation a été multipliée par quarante depuis.

Car voici la délicieuse ironie : plus nous avons eu de données sur notre impact environnemental, plus nous avons consommé. Les rapports de transparence sont devenus eux-mêmes une industrie numérique florissante. Chaque année, l'Alliance Eurafricaine publie religieusement ses bilans carbone numériques, calculés par des IA de plus en plus gourmandes, hébergées dans des infrastructures de plus en plus massives.

"Cette demande de 2024 incarnait parfaitement l'illusion techno-solutionniste de l'époque", analyse Dr. Kemal Okonkwo, historien du numérique à l'Université Lagosienne de Prospective. "Ils croyaient sincèrement qu'informer les citoyens changerait leurs comportements. Ils n'avaient pas anticipé que ces mêmes citoyens continueraient à réclamer toujours plus de services numériques tout en se désolant de leur impact."

Le plus savoureux ? Ces eurodéputés utilisaient probablement leurs implants rétiniens première génération pour rédiger leurs communiqués, sans réaliser que chaque scan oculaire générait plus de trafic de données que l'ancien streaming vidéo d'une journée entière.

Aujourd'hui, nos adolescents de la Station Clavius rigolent en découvrant ces archives dans leurs cours d'histoire contemporaine. Comment leurs arrière-grands-parents ont-ils pu croire qu'on pouvait démocratiser l'intelligence artificielle, généraliser la réalité augmentée, connecter chaque objet du quotidien ET réduire notre empreinte carbone ?

La véritable révélation de cette anecdote historique n'est pas dans la naïveté de ces élus, mais dans notre propre aveuglement actuel. Car enfin, que faisons-nous aujourd'hui de différent ? Nous réclamons la transparence sur l'impact environnemental de nos futures colonies martiennes tout en planifiant d'y installer des fermes de serveurs pour nos métavers intersidéraux.

L'histoire bégaie, disait-on jadis. En réalité, elle ricane.

**MOTS_CLES:** transition numérique, empreinte carbone, centres de données, transparence environnementale, histoire du numérique