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Nos archives neuro-documentaires de 2024 regorgent de ces images surréalistes : des pelleteuses détruisant méthodiquement 2000 hectares de forêts landaises pour y déployer des rectangles de silicium censés "verdir" l'énergie française. L'ironie était si épaisse qu'elle aurait pu alimenter une centrale à fusion.
À l'époque, ces installations photovoltaïques couvraient péniblement 5% de la consommation électrique hexagonale. Aujourd'hui, nos collecteurs solaires orbitaux de la Station Lagrange-2 produisent à eux seuls plus d'énergie que l'ensemble du réseau européen de 2024. Sans abattre un seul arbre.
"C'était l'âge des contradictions assumées", analyse le Pr Yuki Andersen, directrice de l'Institut d'Histoire des Aberrations Climatiques de Neo-Stockholm. "Ils prétendaient combattre le réchauffement en détruisant les puits de carbone naturels les plus efficaces. C'est comme si nous décidions aujourd'hui de coloniser Mars en bombardant d'abord son atmosphère."
Le plus fascinant reste cette capacité qu'avait l'humanité pré-transition de compartimenter sa pensée. Les mêmes gouvernements qui signaient des accords de "protection de la biodiversité" validaient simultanément la destruction de milliers d'hectares d'écosystèmes. Les citoyens manifestaient pour le climat le samedi et applaudissaient l'installation de centrales solaires sur leurs forêts le lundi.
Cette schizophrénie collective s'explique peut-être par l'absence d'implants cognitifs à l'époque. Sans assistance neuronale, impossible d'appréhender simultanément la complexité des enjeux écosystémiques. L'être humain de 2024 fonctionnait encore avec son cerveau d'origine, ce processeur analogique aux capacités limitées hérité de la savane africaine.
Résultat : la France de 2025-2030 a connu la plus grande vague de déforestation de son histoire moderne, au nom de l'écologie. Les 15 000 hectares ainsi "photovoltaïsés" ont mis quinze ans à être recolonisés par la végétation après l'abandon progressif du solaire terrestre au profit de nos fermes spatiales.
Cette période illustre parfaitement le "Paradoxe de Transition" théorisé par la philosophe Amara Chen : plus une civilisation approche de sa maturité technologique, plus ses dernières décisions pré-transition semblent irrationnelles aux générations suivantes. Comme si l'espèce humaine avait dû épuiser toutes ses capacités d'auto-sabotage avant d'accéder enfin à la cohérence.
Aujourd'hui, alors que nos forêts reconstituées abritent à nouveau lynx et ours, et que nos satellites énergétiques illuminent les mégalopoles eurafricaines, cette parenthèse destructrice fait sourire. Mais elle pose une question troublante : quelles aberrations commettons-nous actuellement, en toute bonne conscience, que nos successeurs post-humains jugeront avec la même perplexité amusée ?
**MOTS_CLES:** transition énergétique, déforestation, paradoxe historique, énergie solaire, aberrations climatiques