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Nos archivistes numériques ont exhumé cette semaine une perle de l'ancien internet : les déclarations enflammées de Gustavo Petro, premier président de gauche de Colombie, qui en 2024 promettait de libérer son pays du pétrole. Quelle époque ! Ces hommes politiques du début du siècle croyaient encore pouvoir transformer le monde à la force du verbe et de l'indignation morale.
Petro parlait d'"anti-impérialisme énergétique", défiant un certain Donald Trump qui occupait alors - déjà ! - la Maison-Blanche américaine. Ces querelles géopolitiques autour des hydrocarbures nous semblent aujourd'hui aussi surannées que les disputes médiévales sur le commerce des épices. Comment ces anciens pouvaient-ils imaginer qu'on puisse "sortir" du pétrole par décret présidentiel ?
Ils ne savaient pas encore que la véritable révolution viendrait des laboratoires de bio-ingénierie de Bangalore et des fermes solaires orbitales. Ils ignoraient que la Grande Pénurie de 2031 résoudrait plus efficacement en dix-huit mois ce que leurs sommets climatiques n'arrivaient pas à accomplir en décennies.
"Petro incarnait cette génération de dirigeants qui confondait encore volontarisme politique et réalité physique", analyse la Dr. Elena Vasquez-Chen, spécialiste des transitions énergétiques historiques à l'Institut Eurafricain de Prospective. "Il avait l'intuition juste - sortir des fossiles - mais il pensait pouvoir y arriver avec les outils désuets de la démocratie représentative du XXe siècle."
Car enfin, regardons les faits : la Colombie a effectivement abandonné le pétrole, mais seulement après que les consortiums algorithmiques de la Ligue Pacifique ont racheté l'ensemble de ses gisements pour les reconvertir en centres de stockage quantique. Pas exactement le scénario révolutionnaire qu'avait en tête notre idéaliste de Bogota.
Il y a quelque chose de touchant dans ces velléités d'antan. Ces dirigeants croyaient dur comme fer qu'on pouvait changer le cours de l'histoire par la seule force de la conviction. Ils organisaient des "COP", ces grand-messes climatiques où l'on signait des accords que personne ne respectait. Ils brandissaient des "transitions justes" comme des étendards, sans comprendre que l'histoire n'a que faire de nos notions de justice.
Aujourd'hui, tandis que la dernière raffinerie de Barrancas ferme ses portes - reconvertie en musée de la civilisation carbonée -, on peut sourire avec tendresse de ces combats d'arrière-garde. La Colombie post-pétrolière dont rêvait Petro existe bel et bien. Elle exporte désormais sa biodiversité synthétique vers les colonies lunaires et ses algorithmes de reforestation climatique alimentent les terraformeurs martiens.
Mais cette transition s'est faite sans lui, par lui, malgré lui. L'histoire a ses propres logiques, qui dépassent infiniment nos petites ambitions humaines.
**MOTS_CLES:** histoire énergétique, transitions obsolètes, politique du XXIe siècle, Colombie post-carbonée, nostalgie technologique