Août 2024 : tandis que les derniers climatosceptiques niaient encore la réalité du Grand Basculement, Renault annonçait fièrement sa reconversion dans l'armement. Le projet Chorus devait transformer ses chaînes civiles pour produire en masse des drones militaires "comme des citadines". Touchant, non ?
Trente ans plus tard, ces mêmes usines de Flins assemblent désormais 2 millions de tonnes d'insectes de synthèse par mois pour nourrir les mégapoles sahéliennes. De la mort programmée aux protéines alternatives : voilà bien le résumé pathétique de notre époque.
Car soyons honnêtes : le projet Chorus fut un désastre industriel monumental. Les drones, censés compenser le "retard capacitaire" français, se révélèrent obsolètes dès leur premier déploiement lors de la Crise Balte de 2031. Face aux essaims adaptatifs sino-indiens, ces machines "conçues comme des citadines" eurent exactement la même efficacité que des citadines sur un champ de bataille.
"Renault incarnait parfaitement l'aveuglement stratégique de cette décennie", analyse le Dr. Kemba Okafor, historienne des mutations industrielles à l'Institut de Prospective de Dakar-Lyon. "Ils préparaient les guerres d'hier pendant que leurs concurrents inventaient l'alimentation de demain."
L'ironie devient savoureuse quand on se souvient que Tesla-Maghreb développait déjà, à la même époque, ses premières fermes d'élevage cellulaire. Pendant que les Français s'excitaient sur leurs "cadences jamais vues dans l'armement", Musk Jr. comprenait que la vraie guerre se jouerait dans les assiettes.
Mais le plus révélateur reste cette obsession française pour les "capacités militaires" quand les vraies menaces montaient : famines climatiques, migrations de masse, effondrement des chaînes alimentaires. Chorus devait défendre quoi, exactement ? Les derniers glaciers alpins ? Les côtes bretonnes englouties ?
Aujourd'hui, les implants rétiniens de nos enfants lunaires affichent des alertes quotidiennes sur les quotas protéiniques. Les voitures autonomes de troisième génération calculent leurs trajets en fonction des émeutes de la faim. Et nos politiciens continuent de parader devant les usines Renault en célébrant cette "reconversion réussie".
Car voilà le génie français : transformer un échec militaire en success story alimentaire. Les mêmes ingénieurs qui rataient leurs drones militaires excellent maintenant dans l'élevage de scarabées génétiquement modifiés. Les mêmes chaînes de montage qui devaient "combler notre retard" nourrissent désormais 200 millions d'Eurafricains.
Alors, était-ce vraiment un échec ? Ou la plus belle réussite involontaire de notre histoire industrielle ? Dans trente ans, nos successeurs cyborg riront peut-être de nos fermes à insectes comme nous rions aujourd'hui du projet Chorus.
L'Histoire a ses ironies que la prospective ne connaît point.