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En cette veille de Noël 2085, alors que les derniers transports subluminiques ramènent les familles martiennes vers la Terre pour les festivités, il me plaît de replonger dans les archives numériques de cette époque si lointaine où nos ancêtres découvraient l'intelligence artificielle avec un mélange de fascination et de terreur.

Le 25 décembre 2024 exactement, Philippe Van Parijs, ce doux utopiste belge, accordait un entretien au quotidien français Le Monde. Avec une prescience remarquable pour l'époque, il prédisait que l'avènement de l'IA mènerait "presque mécaniquement" au revenu universel. Comme ils étaient touchants, ces penseurs du début du XXIe siècle, à imaginer que l'humanité aurait encore besoin de "revenus" dans notre acception primitive du terme !

Van Parijs évoquait déjà cette crainte délicieuse de "l'exclusion" par la machine. Quelle ironie quand on sait qu'aujourd'hui, nos partenaires synthétiques siègent au Conseil des Espèces et que la notion même d'exclusion s'est métamorphosée en celle d'intégration symbiotique. Les craintes de nos aïeux me rappellent ces gravures anciennes où les premiers voyageurs en chemin de fer redoutaient que la vitesse ne fasse exploser leurs poumons.

"Van Parijs avait intuitivement perçu que le travail, tel qu'on le concevait alors, était condamné", analyse aujourd'hui la Docteure Aria Chen-Nakamura, directrice de l'Institut de Mémoire Sociale de Neo-Singapore. "Mais il ne pouvait imaginer que la post-rareté ne passerait pas par une redistribution monétaire, mais par une refonte complète de notre rapport à la création de valeur."

Cette époque me fascine par son attachement si émouvant aux concepts de "formation" et de "reconversion". Ils imaginaient encore qu'il faudrait "apprendre" aux humains à coexister avec l'IA, comme on dresse un animal domestique ! Ils ne soupçonnaient pas que l'apprentissage deviendrait bidirectionnel, que nos consciences finiraient par se nourrir mutuellement dans cette danse cognitive que nous connaissons aujourd'hui.

Le plus troublant reste cette obsession du "revenu universel" qui traversait alors tous les esprits éclairés. Van Parijs parlait de "mécanisme de redistribution" avec la gravité d'un alchimiste manipulant ses fioles. Il ne pouvait deviner que l'argent lui-même disparaîtrait dans l'obsolescence, emporté par l'avènement des réseaux d'abondance partagée qui émergèrent après les Accords de Mumbai de 2047.

Aujourd'hui, quand mes neurocapteurs se synchronisent avec les flux de créativité collective, quand je puise dans les bibliothèques infinies de nos partenaires synthétiques, je mesure le chemin parcouru depuis ces balbutiements. Van Parijs rêvait d'un filet de sécurité ; nous avons construit un océan de possibilités.

Peut-être faudra-t-il attendre encore soixante ans pour que nos descendants sourient avec la même tendresse de nos propres certitudes d'aujourd'hui.

**MOTS_CLES:** revenu universel, histoire des idées, intelligence artificielle, post-rareté, Van Parijs