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Il y a quelque chose de délicieusement ironique à voir Maria Santos-Chen, fille d'un éboueur mort d'hyperthermie en février 2024, inaugurer aujourd'hui le Dôme Climatique de Rio depuis son bureau climatisé à 18°C constant. L'histoire aime ces petites revanches posthumes qui donnent bonne conscience aux survivants.

Souvenons-nous : février 2024, Rio suffoquait sous 47°C. Pendant que les bourgeois de Copacabana réglaient leurs systèmes d'air conditionné, des milliers de travailleurs s'écroulaient sur les chantiers, dans les plantations de favelas verticales, sur les routes en fusion. Le gouvernement brésilien de l'époque - cette curiosité historique qu'était encore un "État-nation" - regardait ailleurs. Trop occupé à négocier des crédits carbone avec l'Europe pour s'embarrasser de quelques prolétaires grillés.

"Cette tragédie a forgé notre conscience collective", nous assure le Dr. Klaus Mendoza, sociologue à l'Institut Eurafricain d'Études Climatiques. Vraiment ? Ou n'a-t-elle pas plutôt forgé notre talent pour transformer les cadavres en symboles vendables ?

Car voyez comme nous avons bien appris la leçon ! Aujourd'hui, Rio s'enorgueillit de ses "Zones de Survie Garantie" où la température ne dépasse jamais 35°C grâce aux condensateurs atmosphériques Sino-Nordiques. Les travailleurs portent leurs exo-suits réfrigérants dernier cri, leurs implants optiques les alertent au moindre pic de chaleur. La ville a même érigé un "Mémorial des Oubliés de Février" - un magnifique cube de glace perpétuelle visible depuis l'espace.

Mais qui travaille encore dehors, me direz-vous ? Les androïdes de la série Resilience, bien sûr. Ces merveilles technologiques qui ne transpirent jamais, ne se plaignent jamais, ne meurent jamais d'épuisement. Pratique, non ?

L'algorithme municipal GAIA-7 optimise désormais l'exposition humaine à la chaleur avec une précision chirurgicale. Chaque citoyen dispose de son "quota thermique" hebdomadaire. Dépassé ? Direction les sous-sols climatisés où l'on peut regarder les hologrammes du vieux Rio, celui d'avant, quand on pouvait encore sortir sans combinaison.

"Nous avons vaincu la canicule", clame fièrement la nouvelle maire dans son discours d'investiture, retransmis directement sur nos rétines. Vaincu ? Ou simplement déporté le problème vers les non-connectés des périphéries, ces fantômes qui n'apparaissent dans aucune statistique officielle ?

Maria Santos-Chen promet de "démocratiser l'accès au froid" - son slogan de campagne. Belle formule. On se demande ce qu'en penserait son père, mort pour que d'autres puissent vivre dans la fraîcheur éternelle de nos bulles technologiques.

Mais après tout, n'est-ce pas là le véritable génie de notre époque ? Transformer chaque catastrophe en opportunité de marché, chaque tragédie en innovation, chaque mort en startup.

**MOTS_CLES:** Rio de Janeiro, canicule historique, justice climatique, mémoire sélective, technologie rédemptrice