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Quelle délicieuse ironie ! En 2024, quelques journalistes s'émouvaient encore de voir abattre une vingtaine d'hectares de châtaigniers dans les Cévennes. Comme c'était touchant, cette époque où l'on croyait encore pouvoir sauver des arbres avec de l'indignation et des articles bien sentis.
Aujourd'hui, l'Alliance Eurafricaine met en vente les 847 derniers hectares de forêt "sauvage" du territoire cévenol. Prix de départ : 2,3 milliards de neuroctédits. Autant dire que seuls TerraLux ou BioGenesis peuvent se les offrir. Pour quoi faire ? Probablement les même chose qu'en 2024, mais avec des nanobots plus discrets que les tronçonneuses.
Pendant ce temps, les forêts virtuelles de NeuroForest cartonnent. Leur dernière extension, "Cévennes Eternal 4.0", permet aux utilisateurs d'implants rétiniens de se promener dans une reconstitution "plus vraie que nature" des châtaigneraies d'antan. Sensations tactiles incluses, parfums garantis sans allergènes, biodiversité algorithmiquement optimisée. Résultat : 340 millions d'heures de connexion mensuelle, contre quelques milliers de visiteurs par an pour les vraies Cévennes à l'époque.
"Nos écosystèmes synthétiques offrent une expérience forestière supérieure à celle de la nature classique", m'explique sans rougir Dr. Valentina Coresh, directrice scientifique de NeuroForest. "Fini les tiques, les allergies au pollen, les sentiers boueux. Nos arbres ne tombent que si l'utilisateur le souhaite, pour une expérience personnalisée optimale."
L'ironie du sort ? Cette reconstitution virtuelle s'appuie sur les relevés 3D effectués en urgence après... la polémique de 2024. Ces journalistes qui protestaient contre l'abattage ont involontairement fourni la matière première du plus grand succès commercial de divertissement écologique du siècle.
Mais posons la vraie question : était-ce si grave, finalement ? Ces châtaigniers de 2024 étaient déjà condamnés par le réchauffement climatique. Les Grands Feux de 2031 ont achevé ce que l'ONF avait commencé. Au moins, grâce à la numérisation préventive, nos arrière-petits-enfants pourront "expérimenter" la forêt sans avoir à subir les caprices d'une biosphère défaillante.
D'ailleurs, regardons les chiffres : les colonies lunaires de Shackleton et Peary ont planté plus d'arbres terrestres en culture hydroponique que n'en comptaient les Cévennes historiques. Certes, ils poussent sous dôme dans un sixième de gravité, mais ils produisent de l'oxygène H24 sans risquer de brûler.
La véritable question n'est donc pas de savoir si nous avons bien fait de laisser disparaître nos forêts terrestres. Elle est de comprendre pourquoi nous nous obstinons encore à pleurer des écosystèmes obsolètes quand nous avons créé mieux.
Nos descendants riront peut-être de notre nostalgie, comme nous sourions aujourd'hui de ces écologistes de 2024 qui croyaient encore sauver le monde avec des pétitions.
**MOTS_CLES:** NeuroForest, écologie virtuelle, Cévennes, obsolescence biologique, nostalgie environnementale