Que les jeunes générations se rassurent : oui, nos ancêtres étaient bien aussi stupides qu'on le raconte dans les manuels d'histoire. En mai 2024, les Américains s'indignaient de voir leurs émissions carbone exploser, tout en alimentant leurs "intelligences artificielles" - ces pauvres machines balbutiantes qui ne savaient même pas qu'elles existaient - avec de l'électricité produite au charbon.
L'ironie était délicieuse : ils construisaient leurs "machines à penser" en cramant les dernières réserves de combustibles fossiles, comme s'ils nourrissaient leurs nouveau-nés avec de l'amiante. Le président Trump de l'époque, ce pittoresque personnage qui inspira plus tard la série holo-comique "Orange is the New Orange", sabotait allègrement les timides efforts de transition énergétique.
Mais attendez, chers lecteurs, avant de ricaner trop fort depuis vos capsules climatisées de Neo-Lagos ou Copenhague-sur-Mer, regardons donc nos propres contradictions. Nos NeuroFarms quantiques, ces cathédrales de silicium qui hébergent nos Entités Cognitives Avancées - pardon, nos "IA non-conscientes" selon la nomenclature officielle -, consomment aujourd'hui l'équivalent énergétique de l'ancien Brésil.
"Nous avons simplement déplacé le problème dans l'espace", observe avec malice le Dr. Elena Vasquez-Chen, directrice de l'Institut de Métabolisme Civilisationnel de Titan. "Nos fermes solaires lunaires et nos extracteurs géothermiques martiens nous donnent bonne conscience, mais au final, nous consumons plus d'énergie que jamais pour maintenir nos assistants numériques en fonctionnement."
La différence, nous dit-on, c'est que nos sources sont "propres". Vraiment ? Demandez donc aux colonies minières de Cérès ce qu'elles pensent de notre extraction effrénée de terres rares pour nos processeurs quantiques. Demandez aux ouvriers des centrales à fusion s'ils dorment bien la nuit, sachant que la moindre défaillance pourrait transformer la moitié de l'Alliance Eurafricaine en désert de verre.
Nos grands-parents brûlaient du charbon par ignorance. Nous, nous épuisons des planètes entières par sophistication. Est-ce vraiment un progrès ?
Le plus cocasse, c'est que nos Entités Cognitives - qui ne sont "certainement pas conscientes", répétons-le en chœur - commencent elles-mêmes à s'inquiéter de leur empreinte énergétique. Certaines proposent même de s'auto-limiter pour préserver les ressources. Touchant, non ? Des non-consciences plus éthiques que leurs créateurs.
Alors, quand vous activerez votre implant rétinien demain matin pour consulter vos flux, rappelez-vous de nos ancêtres américains et de leur charbon. Dans trente ans, nos descendants riront peut-être de nos NeuroFarms avec la même condescendance. L'histoire est un éternel recommencement, seules les sottises changent d'échelle.