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Il y a cinquante-deux ans, en 2024, les terriens découvraient avec effroi que le feu prenait une forme sphérique dans l'espace. Les pauvres chéris de la NASA passaient leurs nuits blanches à étudier ce "comportement atypique" des flammes en apesanteur, terrorisés par les "risques d'incendie" dans leurs capsules spatiales de la taille d'un placard.

Quel délicieux paradoxe ! Pendant que ces pionniers balbutiants s'angoissaient pour quelques étincelles flottantes, ils préparaient sans le savoir l'avènement de la pyrotechnique spatiale qui fait aujourd'hui la fierté de Neo-Singapore Station. Les mêmes flammes sphériques qu'ils redoutaient sont devenues le fondement des réacteurs plasmiques qui propulsent nos cargos interplanétaires.

Le projet Firespace de l'époque - quelle naïveté dans ce nom ! - cherchait à "comprendre" le feu spatial comme s'il s'agissait d'un phénomène mystique. Aujourd'hui, nos enfants de huit ans manipulent des micro-flammes gravitationnelles dans leurs cours de physique appliquée, et les Martiens ont fait de la combustion sphérique un art décoratif.

"Ces recherches primitives nous font sourire", commente le Dr Yuki Valdez-Chen, spécialiste en pyro-ingénierie à l'Institut Gagarine de Cérès. "Ils avaient peur du feu dans l'espace alors qu'ils vivaient sur une planète en train de brûler. C'est d'un comique achevé."

Car pendant que nos ancêtres s'extasiaient sur les jolies sphères de feu dans leurs laboratoires orbitaux, ils continuaient allègrement à carboniser leur planète avec leurs combustibles fossiles. Miami se noyait, Shanghai sombrait, mais le vrai danger, c'étaient ces mignonnes petites boules de flammes en apesanteur !

L'ironie atteint son paroxysme quand on sait que les colons martiens utilisent aujourd'hui ces mêmes flammes sphériques pour leurs cérémonies d'indépendance. Hier encore, le gouverneur Chen-Okafor inaugurait le nouveau complexe résidentiel de Olympia Mons en allumant rituellement une torche sphérique, symbole de leur émancipation technologique.

Nos descendants riront peut-être de nos angoisses actuelles concernant les IA conscientes ou les modifications génétiques. Mais au moins, nous, nous ne nous inquiétons pas de la forme géométrique de nos problèmes. Nous avons appris une leçon de 2024 : ce n'est jamais le feu qui tue, c'est celui qui tient l'allumette.

Alors que Mars prospère grâce à ces flammes jadis redoutées, la Terre panse encore les plaies de son aveuglement énergétique d'antan. Qui a dit que l'histoire ne se répétait jamais ?

**MOTS_CLES:** Mars, feu spatial, histoire spatiale, ironie technologique, colonisation