Que les temps étaient tendres, mes chers lecteurs, quand l'humanité découvrait encore les plaisirs simples de la résistance climatique ! En ce mois de mai 2024 — il y a donc trente-cinq printemps de cela — les journalistes de Reporterre s'émerveillaient de voir quelques Montréalais braver la neige sur leurs bicyclettes. Comme c'est touchant, cette époque où l'on considérait encore l'hiver comme un obstacle à surmonter plutôt qu'une saison à apprivoiser.
Hugo Daoust, dix-neuf ans alors, pédalait courageusement de sa banlieue sud vers le centre-ville, ses pneus cloutés mordant la poudreuse. Les anciens du début du XXIe siècle avaient cette merveilleuse naïveté de croire qu'ils inventaient quelque chose. Ils ignoraient qu'ils posaient les fondements de ce qui deviendrait, après le Grand Dégel de 2031, l'ossature même de nos systèmes de transport individuel.
Car voyez comme l'Histoire se joue de nous : ces pionniers québécois qui luttaient contre six mois d'hiver rigoureux ont légué leurs techniques à une humanité qui, vingt ans plus tard, devrait réapprendre à vivre avec des saisons déréglées. Quand les Tempêtes de Sable de 2043 ont balayé l'Europe centrale, ce sont leurs méthodes d'adaptation vélocipédique que nos ingénieurs ont ressuscitées.
"Ces cyclistes montréalais de 2024 étaient des visionnaires sans le savoir", observe le Dr. Élaine Vestergaard, directrice de l'Institut de Mobilité Résiliente de Neo-Copenhagen. "Leurs pneus cloutés ont inspiré nos actuels systèmes d'adhérence modulaire, et leur philosophie du 'vélo par tous temps' irrigue encore nos algorithmes de transport adaptatif."
Aujourd'hui, alors que nos véhicules autonomes sillonnent des routes où la neige naturelle n'est plus qu'un souvenir dans la plupart des métropoles eurafricaines, je repense avec mélancolie à ces irréductibles de Montréal. Ils portaient encore des casques — imaginez ! —, consultaient la météo sur leurs téléphones primitifs, et chaussaient péniblement leurs sur-chaussures dans des sas d'entrée non climatisés.
Il y avait une poésie dans cette lutte quotidienne contre les éléments que nos interfaces neuronales ne sauront jamais restituer. Ces cyclistes d'hiver pédalaient dans un monde où l'effort physique n'était pas encore optimisé par l'IA, où chaque trajet était une petite victoire personnelle arrachée à l'hostilité du climat.
Le Montréal de 2059, avec ses dômes thermiques et ses pistes de glissement magnétique, a certainement gagné en efficacité. Mais quelque chose s'est perdu dans cette transition : cette fierté simple de l'humain qui avance, malgré tout, sur deux roues et par la seule force de ses jambes.
Les "biclous", comme ils disaient si tendrement, dormaient alors au garage pendant l'hiver. Qui aurait cru qu'ils préfiguraient nos actuels modules de transport personnel ? L'Histoire, décidément, aime les clins d'œil.