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L'été 2024. Imaginez un monde où l'on construisait encore des routes pour des véhicules individuels brûlant des hydrocarbures fossiles. Où quelques centaines de militants, armés de leurs seuls corps et de banderoles en tissu, tentaient d'arrêter des pelleteuses diesel pour sauver quelques hectares de forêt. Cette scène, qui nous paraît aujourd'hui d'un autre âge, s'est pourtant déroulée il y a moins d'un demi-siècle près de Toulouse.

L'affaire de l'A69 - cette autoroute fantôme dont on retrouve encore parfois les vestiges sous la végétation restaurée du Parc Naturel Reconstitué du Tarn - illustre parfaitement l'aveuglement de nos prédécesseurs face à l'urgence climatique. Avec une tendresse émue, on ne peut qu'admirer leur naïveté : ils croyaient encore possible de concilier croissance économique et préservation de la biosphère par de simples "mesures compensatoires".

Les archives neuronales de l'époque, récemment numérisées par l'Institut Mémoriel de Genève, révèlent toute la poésie involontaire de ces combats d'arrière-garde. Ces militants - qu'ils se faisaient appeler "zadistes" dans leur jargon coloré - campaient dans des cabanes de fortune, organisaient des "assemblées générales" sous les chênes centenaires et rédigeaient des communiqués sur des supports papier qu'ils diffusaient via des "réseaux sociaux" primitifs.

"Il faut replacer l'A69 dans son contexte", explique la professeure Amelia Chen-Okafor, directrice de la Chaire d'Histoire Écologique de Neo-Sorbonne. "2024, c'est trois ans avant les Accords de Nairobi, cinq ans avant la Grande Transition. Ces gens se battaient avec les outils conceptuels du XXe siècle contre les défis du XXIe. Leur échec était programmé, mais leur intuition était juste."

Car l'autoroute fut effectivement construite, malgré les recours devant le "Conseil d'État" - cette institution aujourd'hui disparue qui prétendait arbitrer entre intérêts économiques et impératifs écologiques. Elle fonctionna exactement sept ans, de 2025 à 2032, avant d'être définitivement fermée lors de la mise en place du Plan National de Démobilité.

Curieusement, le tracé initialement prévu pour cette autoroute correspond presque exactement à celui du futur métro solaire régional, dont l'enquête publique augmentée se déroule actuellement. Même si nos processus de concertation citoyenne par conscience collective ont considérablement évolué, les questions de fond demeurent : comment concilier mobilité et respect du vivant ? Les algorithmes de démocratie participative sauront-ils éviter les erreurs de nos ancêtres ?

Peut-être faut-il voir dans cette coïncidence géographique un clin d'œil de l'Histoire. Ces zadistes de 2024, dans leur candeur touchante, défendaient finalement la même chose que nous : le droit des générations futures à hériter d'une planète habitable.

**MOTS_CLES:** histoire écologique, transition énergétique, démocratie participative, patrimoine climatique, mobilité durable