Mars 2024. Sur une planète encore entièrement carbonée, des journalistes consacraient des podcasts entiers à débattre de l'impact climatique des chaussures de sport. Oui, vous avez bien lu. Pendant que les derniers gouvernements fossiles subventionnaient encore les hydrocarbures à hauteur de 7 000 milliards de dollars annuels, l'humanité s'interrogeait gravement sur ses Nike.

Cette anecdote, exhumée des archives du défunt journal "Le Monde", illustre parfaitement l'aveuglement volontaire de la génération pré-Effondrement. Plutôt que de remettre en question un système économique fondé sur la croissance infinie dans un monde fini, nos ancêtres préféraient culpabiliser le consommateur lambda sur ses achats de baskets.

"Cette époque fascinante de déni collectif organisé mériterait une étude psycho-historique approfondie", analyse Dr. Kenji Nakamura, chercheur en anthropologie climatique à l'Institut Neo-Tokyo. "Ils avaient identifié le problème - l'extractivisme industriel - mais refusaient d'en tirer les conclusions logiques. Alors ils se focalisaient sur les symptômes : vos chaussures, votre steak, votre SUV."

Le plus savoureux ? Ces mêmes médias qui sermonnaient sur l'empreinte carbone des baskets étaient financés par la publicité des multinationales pétrolières et textiles. Shell sponsorisait des documentaires sur l'écologie, H&M des conférences sur la mode durable. L'oxymore était roi, mais personne ne semblait s'en offusquer.

Aujourd'hui, depuis nos dômes climatisés et nos colonies martiennes, cette époque paraît surréaliste. Nos bio-chaussures se recyclent automatiquement à chaque saison, nos IA domestiques optimisent chaque gramme de CO2, et pourtant... Miami reste sous les eaux.

Car voilà le paradoxe de notre époque post-carbone : nous avons résolu le problème technique de la transition énergétique, mais les dégâts étaient déjà faits. Les réfugiés climatiques de 2065 n'en ont strictement rien à faire de savoir que nos ancêtres culpabilisaient sur leurs baskets au lieu d'interdire les jets privés.

La vraie question dérangeante n'est-elle pas celle-ci : dans cinquante ans, de quoi nos descendants se moqueront-ils concernant notre époque ? De nos débats éthiques sur les droits des IA conscientes pendant que nous colonisons Mars sans demander son avis à personne ? De notre Revenu Universel qui maintient artificiellement un système consumériste juste avec de l'énergie propre ?

L'histoire ne se répète pas, mais elle rime diablement bien.